Posts Tagged ‘justice et presse’

*1993 La cuisine judiciaire.

22 juillet 2009

Que va bien pouvoir faire le juge Bernard BEFFY des enregistrements qu’il a saisis au siège de l’hebdomadaire « Le Point » ? Car la loi interdit un tel enregistrement sans l’accord express des interlocuteurs (entre Mellick et un journaliste). Si l’origine de ces enregistrements est illégale, la justice ne peut les utiliser.

Jusqu’à présent ce détail ne semble pas avoir troublé les magistrats. Il en faut plus pour troubler le tandem MONTGOLFIER-BEFFY. La fouille d’un journal et l’utilisation d’un travail de journalistes dans une procédure judiciaire leur paraît un procédé normal. Procédé qui n’a d’ailleurs guère suscité de protestations tant au « Point » que chez la plupart des confrères. Les journalistes vont devoir réapprendre à brûler leurs notes et à planquer leurs carnets d’adresses. Cela rappellera à quelques anciens des souvenirs. Mais pas des meilleurs.

Quant aux témoins placés en garde à vue, et menottés avant de leur faire jurer de parler « sans haine et sans crainte », selon la formule consacrée, on se demande pourquoi les flics et les juges ne les ont pas un peu travaillés à la gégène. Pas un voltage trop élevé, bien sûr : on n’est pas des brutes.

Silence magistral.

Aucune organisation de magistrats, pas même le syndicat de la magistrature, n’a condamné clairement l’utilisation de la garde à vue comme moyen de pression sur un témoin peu coopératif. Ce n’est pas très légal, expliquent les juges, avec l’air contrit d’un chanoine surpris dans un bordel. Mais dans « des circonstances exceptionnelles » quand la justice est « démunie », il faut ce qu’il faut.

Comme les circonstances sont souvent exceptionnelles, et la justice toujours démunie, les témoins n’ont qu’à bien se tenir. Et surtout dans les affaires dont personne ne parle …

Une loi récente a renforcé la protection de la « présomption d’innocence » pour les suspects. Mais pas celle des passants. Ou celle des amis du secrétaire du cousin d’un suspect. Le mieux est encore de n’être témoin de rien.

« Le Canard enchaîné » n°3800 du 25/08/93

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**2003 Une justice qui se « Dépêche ».

30 juin 2009

La magistrature toulousaine a entrepris de se singulariser. Le 18 avril 2003, Maryvonne MOULIS, la vice-présidente des juges d’instruction, a signifié à Jean-Michel Baylet, le pédégé de « La Dépêche du Midi », la mise en examen de son journal « en tant que personne morale ». Un procédure rarissime, tombée en désuétude.

Le crime de la personne morale de « La Dépêche » ? Il date de près de deux ans. Quatre jours après l’explosion d’AZF, deux journalistes du quotidien toulousain avaient pénétré dans l’enceinte de l’usine de la SNPE pour s’assurer que ses installations avaient été sécurisées. Tous deux furent mis en examen, la société en question ayant porté plainte, avant, finalement, de renoncer à ester en justice.

Les mois ont passé et voilà que Mme la vice-présidente n’a rien de plus urgent à faire que de mettre en examen « La Dépêche ».

Deux semaines plus tôt, Baylet avait déjà eu le plaisir d’être convoqué par la police toulousaine. Il lui fut demandé, ainsi qu’à un membre de sa rédaction, de révéler le nom des informateurs du journal, lequel s’était rendu coupable, selon la justice, de violation et recel du secret de l’instruction. Comme si le secret professionnel des journalistes n’existait pas …

Cette célérité de la magistrature de la ville de Douste-Blazy n’a, bien sûr, rien à voir avec les informations publiées par la même « Dépêche », le 2 avril, à propos du tueur en série Patrick Alègre. Ce sympathique assassin, condamné  depuis en cour d’assises, aurait bénéficié de la « protection » de deux policiers ripoux de la Ville rose. Et le nom d’un important magistrat apparaît dans l’enquête menée, cette fois, par les gendarmes sur les meurtres de deux femmes. Plusieurs témoignages de prostituées qui figurent dans le dossier mettent en cause des notables locaux, qui auraient participé à des partouzes pédophiles organisées par des proxénètes du coin.

Evidemment c’est le genre d’enquête plus délicate à mener que de mettre en examen un journal avec deux ans de retard.

« Le Canard enchaîné »‘   n° 4306   du 07/05/2003   art. non signé.