Archive for the ‘MONTGOLFIER de Eric’ Category

*1993 Le combat Beffy-Bourreau de Béthune.

25 janvier 2010

Il règne parmi les juges chargés des diverses affaires Tapie, une saine émulation. Après la garde à vue de témoins accrochés à des radiateurs par des flics, sous la haute autorité du juge Bernard BEFFY, ses collègues de Béthune ont tenu à renchérir.

Depuis dix jours, l’ex-pédégé de « Testut » et de « Bernard Tapie Finance », Elie Fellous, est incarcéré. Motifs invoqués : éviter « le trouble à l’ordre public » et la disparition de preuves. L’enquête durait depuis des mois, et nul n’avait remarqué le « trouble ». Quant aux preuves, on peut supposer que, s’il avait eu envie d’en faire disparaître, Fellous y aurait déjà songé. Mais selon la théorie brillamment développée par le procureur Eric de MONTGOLFIER, la mise en détention peut aussi servir de « moyen de pression ».

Le juge d’instruction de Béthune, Philippe VANDIGENEN, qui confie à qui veut l’entendre qu’il finira par mettre Tapie au trou, semble être adepte de cette théorie. Il en a donné une nouvelle illustration lors de la perquisition ordonnée au domicile parisien d’Elie Fellous, le 12 octobre.  D’abord, l’avocat de l’inculpé n’était pas présent : il avait été averti par un fax envoyé à 22 heures passées, à son cabinet évidemment désert. Fellous, 60 ans a été quant à lui réveillé dans sa prison à 3 heures du matin, puis convoyé à Paris pour assister à la perquisition à 10 heures. Une fois sur place, il a demandé que la chambre de sa fille, handicapée, soit un peu épargnée par les policiers. Selon la famille, tout y a été retourné.

Là, les juges de Béthune ont marqué un point contre BEFFY. Mais celui-ci n’a pas dit son dernier mot. BEFFY a sur tous les autres un avantage décisif : il est le seul juge de France à n’avoir plus qu’un unique dossier à traiter. Cela lui donne du temps pour concocter une contre-attaque fulgurante. Peut-être une rafle dans les familles des suspects et chez leurs voisins ?

« Le Canard enchaîné »  n° 3808   du 20/10/1993   art. non signé

*1993 La cuisine judiciaire.

22 juillet 2009

Que va bien pouvoir faire le juge Bernard BEFFY des enregistrements qu’il a saisis au siège de l’hebdomadaire « Le Point » ? Car la loi interdit un tel enregistrement sans l’accord express des interlocuteurs (entre Mellick et un journaliste). Si l’origine de ces enregistrements est illégale, la justice ne peut les utiliser.

Jusqu’à présent ce détail ne semble pas avoir troublé les magistrats. Il en faut plus pour troubler le tandem MONTGOLFIER-BEFFY. La fouille d’un journal et l’utilisation d’un travail de journalistes dans une procédure judiciaire leur paraît un procédé normal. Procédé qui n’a d’ailleurs guère suscité de protestations tant au « Point » que chez la plupart des confrères. Les journalistes vont devoir réapprendre à brûler leurs notes et à planquer leurs carnets d’adresses. Cela rappellera à quelques anciens des souvenirs. Mais pas des meilleurs.

Quant aux témoins placés en garde à vue, et menottés avant de leur faire jurer de parler « sans haine et sans crainte », selon la formule consacrée, on se demande pourquoi les flics et les juges ne les ont pas un peu travaillés à la gégène. Pas un voltage trop élevé, bien sûr : on n’est pas des brutes.

Silence magistral.

Aucune organisation de magistrats, pas même le syndicat de la magistrature, n’a condamné clairement l’utilisation de la garde à vue comme moyen de pression sur un témoin peu coopératif. Ce n’est pas très légal, expliquent les juges, avec l’air contrit d’un chanoine surpris dans un bordel. Mais dans « des circonstances exceptionnelles » quand la justice est « démunie », il faut ce qu’il faut.

Comme les circonstances sont souvent exceptionnelles, et la justice toujours démunie, les témoins n’ont qu’à bien se tenir. Et surtout dans les affaires dont personne ne parle …

Une loi récente a renforcé la protection de la « présomption d’innocence » pour les suspects. Mais pas celle des passants. Ou celle des amis du secrétaire du cousin d’un suspect. Le mieux est encore de n’être témoin de rien.

« Le Canard enchaîné » n°3800 du 25/08/93