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**2005 « Magistrats, vos papiers ! »

1 janvier 2010

Scène de rue, dans le centre de Bordeaux, le 17 mars 2005 au soir. Un groupe de cinq jeunes auditeurs de justice, futurs magistrats, sortent de l’ Ecole nationale de la magistrature (ENM), accompagnés par un maître de conférences. Ils remarquent des individus à la mine patibulaire, mais presque, qui les observent et semblent les suivre. En quelques instants, ils sont entourés par une douzaine d’hommes en civil : « Police ! Contrôle d’identité ! »

Quelle mouche a donc piqué les flics de Bordeaux pour s’attaquer à la magistrature ?

Il s’agit d’un nouvel exploit du directeur de l’ENM, Gilbert AZIBERT. Il s’était opposé, l’an passé, à la venue, dans le cadre des enseignements de l’école, de Gabriel Mouesca, président de l’observatoire international des prisons (OIP). Il faut dire que cet individu est peu recommandable : c’est un ancien détenu qui affiche 17 ans de taule au compteur. Il n’est pas bon qu’un futur juge ou procureur approche un tel personnage !

La section du Syndicat de la magistrature a décidé d’inviter Mouesca. Dans le cadre syndical, AZIBERT ne pouvait s’y opposer. La direction de l’école a tout de même tenté de faire capoter la réunion en subtilisant les invitations déposées dans tous les casiers des élèves.

La réunion a bien eu lieu, le 17 mars, mais sans Mouesca : toujours en liberté conditionnelle, il est interdit de séjour en Gironde, et le juge d’application des peines n’a pas suspendu cette mesure. Mais ni le directeur de l’école ni la police, opportunément avertie, ne savaient si Mouesca braverait ou non l’interdiction. L’idée d’arrêter le président de l’OIP, tout en impliquant la section du syndicat, aurait été un joli coup double. D’où l’opération de police demandée par le procureur général de Bordeaux Marc MOINARD.

Le contrôle des dangereux élèves magistrats s’est terminé par une pantalonnade. Le directeur de la sûreté urbaine de Bordeaux, qui était sur place, vu l’importance de l’affaire, s’est contenté de contrôler le maître de conférence, qui lui a fait part de ses doutes quant à la légalité de l’intervention. Et tout le monde s’est séparé, avant que le ridicule ne décime les troupes.

« Le Canard enchaîné »    n° 4404   du 23/03/2005 par L.-M. H.