Archive for the ‘– B 02 bis.- Pantouflage.’ Category

2008 Juges sans robes mais en pantoufles

30 décembre 2009

C’est un cénacle aussi discret qu’influent. Ses statuts sont informels et il ne porte pas de nom, mais ses 36 membres disposent pour la plupart de positions stratégiques dans la finance, les banques et les industries sensibles : tous sont magistrats  » en disponibilité «  et  « pantouflent » dans le privé.

C’est l’ancien avocat général Bernard DELAFAYE devenu conseiller du groupe Lagardère, qui a eu l’idée de les reunir pour confronter leurs expériences.

S’y croisent, entre autres :

– l’ancien juge antiterroriste et ex-député Alain MARSAUD reconverti chez Euris,

– l’ancienne chef du parquet financier de Paris Anne-José  FULGERAS chez Natixis,

– l’ex-avocat général à la cour de cassation Bernard de GOUTTES chez Areva,

– l’ex directeur de l’ENM et éphémère chef de cabinet de Rachida Dati Michel DOBKINE chez Havas.

Leur leitmotiv :  » Nous faisons en sorte que les entreprises aient affaire à la justice le moins souvent et le moins longtemps  possible ».

« Le Point. fr »   n° 1888  du 20/11/2008  d’après Hervé Gattegno.

1997 Alain Marsaud, garde des Eaux

17 novembre 2009

Le pantouflage, autrement dit l’embauche de hauts fonctionnaires capables de mettre du « liant » entre leur nouvel employeur privé et leur ancienne administration, était déjà un classique du management bien compris.
Voici un développement plein de promesses de cette astucieuse stratégie : l’embauche d’anciens juges ou procureurs par des grands patrons empêtrés dans des « affaires » judiciaires.

Alain MARSAUD, l’ex-patron de la section antiterroriste du parquet de Paris, reconverti comme député RPR tendance Pasqua, puis battu lors des dernières élections, a ainsi trouvé un moelleux point de chute. Il vient d’être embauché par Jean-Marie Messier, le patron de la Compagnie générale des eaux, avec un salaire très confortable et un titre du genre « directeur général adjoint ».
La tâche de la nouvelle recrue consistera à conseiller le président, que quelques « affaires » pourraient rattraper. Et peut être aussi à « conseiller » ses anciens collègues magistrats chargés de ces affaires délicates.

La patron de la CGE avait d’abord sollicité Sylvie d’ARSIVENET, substitut du procureur à la section financière du parquet de Paris. Mais comme cette section s’est occupée de quelques dossiers concernant la CGE, le Conseil supérieur de la magistrature n’était pas enthousiaste pour accorder la mise en disponibilité nécessaire.

Avec MARSAUD’O ce sera plus simple. Ancien député, il n’a pas eu à traiter officiellement des « affaires ». Même s’il les connaît parfaitement, et même s’il tape sur le ventre de la plupart des magistrats qui s’en occupent.

Proposé pour un poste d’avocat général à Versailles, MARSAUD a préféré devenir avocat général des Eaux…

« Le Canard enchaîné » n° 4011 du 10/09/97

2000 Quand les juges entrent dans les affaires.

22 août 2009

Un magistrat passé dans un groupe privé dénoncé à la chancellerie par un de ses amis policier ! La Scène surréaliste s’est déroulée  en février 2000. Ce jour là le commissaire de la DST Jean-Paul Bouzin est chargé par sa hiérarchie de rapporter aux autorités judiciaires les étranges confidences que lui a faites Jean-Paul DELEHAYE, un ex-magistrat, patron des services juridiques du groupe Bolloré. Cet ancien juge lui aurait confié intervenir sur une enquête judiciaire concernant la banque Rivaud. Cet établissement est suspecté d’avoir monté un système de fraude fiscale et de blanchiment d’argent entre la France et la Suisse au début des années 90.

Des juges au service des hommes d’affaires qui cherchent à peser sur les enquêtes ?

En décembre 1999  un juge parisien lance une perquisition dans  les locaux d’un cabinet juridique lié au groue Thomson. Lorsqu’il se rend sur place, il doit éconduire poliment mais fermement Laurent MAYER ex-magistrat qui travaillant pour le groupe d’électronique  de défense qui désirait assister aux opérations.

Sur environ 7000 magistrats, une bonne cinquantaine se sont mis en congé de la magistrature pour aller pantoufler dans des groupes privés ou des cabinets d’avocats avec la bénédiction de nos gouvernants …

« Le Nouvel Obs »    n° 1861   du 06/07/00 d’après le …

**2000 Le pseudo-secret de l’instruction…

22 août 2009

Pendant plusieurs semaines le juge parisien Marc BRISSET-FOUCAULT gardera dans ses tiroirs une lettre anonyme très accusatrice pour une entreprise spécialisée dans l’électronique de défense. Selon le corbeau qui n’étaye pas ses accusations, « Communication et Systèmes » se livrait à des ventes de matériels sensibles à l’étranger en distribuant des commissions occultes et en court-circuitant les autorisations administratives nécessaires.

Dépêchée sur place la brigade financière a donc entrepris, le 09 mai, une fouille en règle des locaux. Mais elle s’est heurtée au barrage imprévu de deux anciens hauts fonctionnaires aujourd’hui salariés de l’entreprise. A savoir Raymond Nart, ex-numero deux de la DST, et Jean-Louis HERAIL naguère substitut et patron du pôle financier au parquet de Paris.

Hors de lui, le premier, après avoir  fait savoir que les activités de la société relevaient du contrôle de l’Etat, a rappelé qu’il avait le bras long et proféré quelques impolitesses. Ce qui lui a valu une journée de garde à vue précédée d’un embarquement musclé.

Quand au second, Jean-Louis HERAIL, il a subi le même sort plus une perquisition à domicile.  Entre autres trouvailles, les flics ont saisi un document inattendu : le procès-verbal d’une audition, en nov 1999, d’Alain Guillon, un ancien haut responsable d’Elf alors en détention. Découverte d’autant plus étonnante qu’à l’époque de cette audition, Jean-Louis HERAIL n’était plus en fonctions au parquet de Paris.

Suivra, lors de la garde à vue, un échange pittoresque. L’un des policiers demande à cet ancien substitut comment il a obtenu ce PV confidentiel. Et il l’informe qu’il risque une mise en examen pour violation du secret de l’instruction.

Réponse de l’ancien magistrat : c’est un journaliste qui le lui a fourni, et de citer les noms de plusieurs juges et procureurs du pôle financier du tribunal de Paris qui, tout comme lui, entretiennent de cordiales relations avec la presse.

La menace porte et l’échange en restera là …

On amuse le petit peuple avec ce secret de l’instruction que les magistrats eux-mêmes sont les premiers à trahir …  Qu’on ne vienne plus nous bassiner avec ces salades !

« Le Canard enchaîné »   n° 4151  du 17/05/00