*1993 Neuf balles et une bavure (affaire Franck Moret)

Neuf balles et une bavure transformées en conte héroïque.

Plusieurs mois après avoir vidé son chargeur sur un automobiliste, un gendarme de la Drôme continue de vaquer à ses affaires comme si de rien n’était. Malgré l’ouverture immédiate d’une information judiciaire pour coups ayant entraîné la mort sans intention de la donner et le dépôt d’une plainte pour meurtre et non-assistance à personne en danger, le juge d’instruction de Valence n’a pas encore eu le coeur de mettre en examen ce brave pandore.

Il est vrai qu’à en croire la version officielle diffusée aux journaux juste après ce carton mortel, le gendarme flingueur mériterait presque d’être décoré.

Pour ses chefs, l’affaire est claire: le 25 juillet, vers 05h00 du matin, un véhicule de gendarmerie prend en chasse une voiture sur un chemin vicinal. Trois kilomètres plus loin, les représentants de l’ordre « bloquent » la voiture « suspecte »  qui en redémarrant brutalement percute l’un des gendarmes et lui roule sur les jambes. Ce dernier, qui souffre « d’une entorse et de graves contusions » dégaine alors, tire sur le fuyard, Franck Moret, et le tue accidentellement. Interception réussie.

La réalité, reconstituée à partir des témoignages des pandores et du récit de la compagne de la victime, qui se trouvait assise à son côté est moins reluisante pour la maréchaussée.

D’abord, le véhicule des poursuivants était banalisé et sa sirène ne fonctionnait pas, comme l’ont reconnu les gendarmes, qui jurent en revanche que leur gyrophare était, lui, bien allumé. Bizarrement ni l’amie de Franck Moret ni un témoin de la scène ne se rappellent l’avoir vu en action.

Ensuite, la voiture des fuyards a été « entourée » de curieuse façon : le chauffeur s’est brusquement retrouvé avec un pistolet braqué sur lui par un gendarme dépourvu de képi.

Affolé à la vue de l’arme, Moret a certes pris la fuite, mais sans « percuter » de gendarme. D’ailleurs le pandore « renversé  » affirme ne plus s’en souvenir. Aujourd’hui il déclare simplement être tombé pour une raison inconnue.

La voiture lui aurait alors roulé sur la cuisse. Bilan médical : rien qu’une « entorse bénigne » soignée par un simple bandage et des « érosions épidermiques » traitées au mercurochrome et … 21 jours d’arrêt de travail !

Enfin le gendarme ne s’est pas contenté de tirer un coup de feu. Tout son chargeur y est passé : 1 coup mortel, 2 coups dans la carrosserie, 5 coups dans la nature et une balle non percutée.

Atteint d’une balle dans la tête, la victime restera sans soins pendant une demi-heure. « La radio ne passait pas » ont plaidé les trois pandores dont deux partiront chercher du secours, négligeant une ferme proche. Il faudra l’insistance de l’amie pour que le gendarme resté sur les lieux consente – trente minutes plus tard – à s’y rendre pour donner enfin l’alerte.

Pas de précipitation non plus pour vérifier le degré d’alcoolémie du gendarme tireur : la prise de sang n’est intervenue que huit heures plus tard. Résultat sans surprise : zéro gramme. Un chiffre que la maréchaussée s’est empressée de communiquer aux médias …

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4 Réponses to “*1993 Neuf balles et une bavure (affaire Franck Moret)”

  1. Margueritat Claude Says:

    Encore un cow-boy sauvé par une magistrature peu regardante !

    En effet, en nov 1997 le tribunal correctionnel de Valence relaxera le gendarme Christian Grivet-Branco (il faut les nommer ces types qui dégainent plus vite que leur ombre !) qui a tué Franck Moret d’une balle dans la nuque !
    Lors du procès du 23 sept. le procureur avait requis « une forte peine d’emprisonnement avec sursis ».

    « La voiture lui a roulé sur les jambes ». J’ai eu l’occasion de rencontrer un étudiant-rugbyman renversé par une voiture qui lui a roulé dessus. Bilan : double fracture sur une jambe (des broches et une longue rééducation) et l’autre pour le moins écrabouillée. Il se serait pas foutu de la gueule du monde le gendarme ?

    Au bilan quelques égratignures et une petite entorse mais le toubib complaisant accorde 21 jours d’arrêt de travail ! Et lui non plus ne se serait pas foutu de la gueule du monde ?

    Et alors qu’il vient de se faire écraser par une voiture, le gendarme oubliant l’atroce douleur, gardant son sang-froid, dégaine et tire à neuf reprises sur un véhicule qui s’échappe, devant ses collègues médusés par autant professionnalisme. Eux, en sont restés les bras ballants incapables de réagir et de tirer également sur le fuyard. Scandaleux ! Ils auraient dû être poursuivis pour non assistance à collègue en danger !

    Et la gendarmerie qui n’effectue un alcootest que huit heures après les faits: elle ne se fout pas de la gueule du monde ?

    Et la hiérarchie qui cautionne tout cela : elle ne se fout pas de la gueule du monde ?

    Et le juge d’instruction qui laisse traîner le dossier alors qu’il y a mort d’homme : il ne se fout pas de la gueule du monde ?

    Et le proc’ qui demande une forte peine « avec sursis », il ne se fout pas de la gueule du monde ?

    Et le tribunal correctionnel qui avale tout cela et décide d’un non lieu ? Il prend pas les citoyens pour des cons ?

    • denidejustice Says:

      Ben oui ! C’est ça le denidejustice ! Pas au sens juridique du terme mais au bon sens commun du citoyen.

      On nous signale sur « Le Scarabée » (www.scarabee.org) dans « Je ne suis pas un imbécile puisque je suis juge ».

      L’auteur relate l’histoire de Cindia, 18 ans, premier délit, qui prend 18 mois dont 8 ferme pour avoir brisé les vitres d’une voiture.
      « Huit mois ferme pour des vitres ! Voilà une sanction exemplaire, mais exemplaire de quoi ? » s’interroge-t-il.

      Et l’auteur met alors en parallèle le cas du gendarme qui a tué Franck Moret d’une balle dans la nuque, et qui est relaxé, pour conclure:
      « C’est idiot : ce flic (qui a troué la carrosserie et une vitre de la voiture de Franck) il fallait le poursuivre pour dégradation de véhicule. » Il aurait pris 18 mois dont 8 ferme …

  2. denidejustice Says:

    S’il vous plaît, Messieurs les journalistes, puisque vous rapportez ces affaires judiciaires mal ficelées dans vos journaux, faites votre boulot jusqu’au bout : nommez les magistrats mis en cause.

    Non seulement ces gens là sont lâches parce que non civilement responsables de leurs fautes dues à leur fainéantise, bêtise, incompétence, etc. mais cette lâcheté est encouragée parce que leur médiocrité est protégée par le quasi anonymat que vous leur offrez !

    Un anonymat qui interdit aux citoyens de dénoncer leurs tares.

  3. nico Says:

    Tu as raison dans la majorité des cas donc tous ne sont pas des exécuteurs d’ordres. En 2010 on ne leur dit plus de nous flinguer comme de 39 a 45 où tout ces ramassis d’ordure police et gendarme, au Vél d’Hiv, à Drancy, à Beaume-la-Rolande, n’ont pas hésité à faire partir des gamins et leurs parents, Français pour beaucoup, se faire massacrer par les allemands. Jamais ils n’ont été punis de leurs crimes. Maintenant c’est mieux : ils nous sauvent la vie avec leurs jumelles. Quel courage cachés dans les buissons. Jolie la prévention. Faudrait pas qu’ils oublient que nous les payons avec nos impôts.

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