**1998 Miracle à Bordeaux

Quels heureux veinards, ces Bordelais ! Le père Laguérie, intégriste en chef et en soutane de l’église Saint-Nicolas-du- Chardonneret, est allé s’installer chez eux. Et le voilà du coup traquant dans les rues de Bordeaux tout ce qui pourrait choquer son saint regard empli de douceur, de bonté et de compassion. C’est incroyable ce qu’il y a comme trucs choquants, dans ces rues. Des clochards, Alain Juppé, des huîtres entre baillées de façon provocante voire obscène … mais surtout « Inri », un livre avec des photos de Bettina Rheims et des textes de Serge Bramly sur Jésus, dont la couverture affiche une femme crucifiée les seins nus.

L’abbé a frôlé le collapsus du bénitier, frisé l’infarctus du ciboire. Ne trouvant pas le grand inquisiteur, il a attaqué en référé. Et il s’est trouvé un juge,  Louis MONTAMAT, pour le comprendre et jouer les censeurs à la va-vite. Désormais, trois librairies bordelaises, Mollat, Virgin et la FNAC devront soustraire à la vue du public l’ouvrage impie sous peine de 500 F d’astreinte par exemplaire. Ressuscité, le père Laguerie s’est aussitôt réjoui de cette décision : « J’en remercie Dieu. »

Il a bien raison, car depuis ce procès très médiatisé « Inri » se vend sous le manteau comme des petits pains multipliés. Pour faire des miracles,  abbé Laguérie met les bûchers doubles.

« Le Canard enchaîné »  n° 4068  du 14/10/98

Dans son ordonnance de référé, le président Louis Montamat estime que la couverture de cet ouvrage « provocatrice tournant la crucifixion en dérision, constitue une agression aux croyances individuelles des chrétiens, génératrice à elle seule d’un trouble manifestement illicite. Le juge des référés considère qu’il lui appartient  » de sanctionner ces atteintes intolérables aux consciences outragées ». Mais avec « pour limite la nécessité de concilier la liberté d’expression et de communication avec celle d’opinion et de pensée devenue une liberté constitutionnelle ».

Ce n’est pas là une censure franche, déclarée, mais une censure rampante, insidieuse caractéristique de notre époque dite « soft ».

Les auteurs de l’ouvrage parlent de « l’oukase d’une minorité intégriste » et Serge Bramly ajoute : « La France va-t-elle céder au terrorisme ? » et juge « très grave » cette décision qui est « une menace pour la profession de libraire »

« L’Humanité »  du 08/10/98  d’après Magali Jauffret

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