**1998 Procès du réseau Chalabi : 60 mois de prison en trop dès le premier tour !

Ce devait être le jour de gloire du juge Jean-Louis BRUGUIERE et de sa bande du pôle antiterroriste.  Le procès du « réseau Chalabi » s’annonçait comme un « grand » procès : 138 prévenus !

Dans cette affaire tentaculaire, 173 personnes avaient été mises en examen. Parmi elles sans doute quelques dangereux personnages. Mais aussi de pauvres bougres qui ont eu le malheur de se trouver là au mauvais moment ou de voir leur nom traîner dans un mauvais carnet d’adresses.

Première singularité. La plupart des 34 qui ont bénéficié d’un non-lieu ont goûté à la prison. L’un d’entre eux a fait 8 mois, deux autres 7 mois, les autres entre 2 semaines et 4 mois. Les 34 totalisent 5 ans de prison !

Quand on fait remarquer au juge BRUGUIERE que cela fait beaucoup, il répond : « Que voulez-vous ! C’est la guerre ! » Voilà quelques années on racontait l’arrivée d’un condamné dans un camp soviétique. A ses compagnons d’infortune qui lui demandaient ce qu’il avait fait pour prendre 10 ans de bagne, il répondait : « Rien du tout ! » A quoi un connaisseur répliquait : « Non ! Rien du tout c’est cinq ans ! » Avec les juges antiterroristes français, rien du tout, c’est en moyenne 2 mois de détention provisoire …

D’autres inculpés ont eu moins de chance et se retrouvent poursuivis. Les policiers eux-mêmes doutent de la culpabilité de plusieurs prévenus. Voici quelques exemples de ces terroristes brevetés « Bruguière » .

Mohamed, Amar et Kamel, tous Algériens, étaient hébergés dans un appartement du XVème à Paeris. Les policiers débarquent. Ils recherchent un certain Salim, qui reste introuvable. Dans leur rapport les policiers écrivent : » Aucun des individus évoqués ne semble être impliqué dans la structure du réseau, mais plutôt avoir profité d’un hébergement facile pour des clandestins … » Résultat : 1 à 7 mous de prison et renvoi devant le tribunal.

Salim, selon le rapport de la PJ, « semble avoir surtout profité d’un logement. Son implication dans le réseau n’a pu être démontrée ». Lui aussi sera jugé pour association de malfaiteurs après 13 mois de prison.

Chafia, elle, a été arrêtée alors qu’elle se rendait chez ses parents, où la police était en train de perquisitionner. Elle portait un cabas contenant de la littérature islamiste. Le frère confirme que ces bouquins lui appartiennent et qu’elle n’y est pour rien. Après 4 mois de prison, elle sera jugée pour ce transport de sac : association de malfaiteurs.

Djamel sera lui aussi jugé pour entreprise terroriste. « Si rien n’a pu être établi à son encontre, écrivent les policiers, il faut tout de même rappeler que ces personnes ont eu la même démarche philosophico-religieuse que les inspirateurs du réseau. »

Mohamed sur lequel pèsent les soupçons les plus lourds a fait un an de détention et doit être jugé. Extrait du rapport de la PJ : « Si la perquisition est restée vaine, et même si aucun élément du dossier ne permet de l’incriminer réellement, il apparaît toutefois , au travers de conversations enregistrées dans le cadre des écoutes (…) comme au fait de tout ce qui se passe en Algérie et plus particulièrement à ce qui a trait aux groupes impliqués dans la guérilla active de sa région. »

Marie-Noëlle, seule française « de souche » a prêté un studio à son ex-gendre Kamel, lequel l’a prêté à un barbu. Et elle a gardé le téléphone à son nom. La police évoque sa « crédibilité voire sa négligence » . Elle a fait 4 mois pour lui apprendre la prudence et sera jugée pour association de malfaiteurs.

Samy, lui, a simplement perdu sa carte d’identité . Elle a été retrouvée falsifiée et utilisée par le réseau Chalabi. « Samy T est un toxicomane, notent les policiers. Aucun élément de l’enquête n’a pu l’intégrer au réseau. La seule chose qui peut lui être reprochée est sa propension à perdre ses documents d’identité. » Vu le nombre de papiers d’identité perdus ou volés chaque année, les juges anti-terroristes ne risquent pas de manquer de suspects …

« Le Canard enchaîné »  n° 4063   du  09/09/1998 d’après Louis-Marie Horeau

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Une Réponse to “**1998 Procès du réseau Chalabi : 60 mois de prison en trop dès le premier tour !”

  1. denidejustice Says:

    Les associations de défense des droits de l’homme et de nombreux avocats ont souvent critiqué ses méthodes, estimant qu’il faisait une utilisation abusive, avec l’ensemble de la section placée sous sa direction, des moyens dérogatoires accordés à la lutte antiterroriste, des incriminations larges et une garde à vue pouvant aller jusqu’à six jours.

    Cette affaire du « réseau Chalabi » en est un exemple.

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