*1997 Réforme judiciaire : le bonheur est dans le proc’.

Elisabeth GUIGOU pouvait être contente : la plupart des magistrats étaient contents, Jospin était content, les avocats étaient contents, même Chirac était content. C’était en 1997, il y a douze ans déjà !

La réforme de la justice présentée par la garde des Sceaux remplissait d’aise le président de la République qui y reconnaissait son enfant. Il demandait même – sans rire – qu’on aille « plus loin » sur la voie de l’indépendance des procureurs. Une voie, il faut le rappeler, tracée par son ami TOUBON, dont les journées n’étaient pas assez longues, du temps qu’il régnait au ministère de la Justice, pour sauver Juppé, secourir Pandraud, épauler Roussin, soutenir Cabana, tirer d’affaires Tiberi, affrèter un hélicoptère pour Xavière. Sans compter les efforts nécessaires à sa propre sauvegarde et celle de Chirac. Voilà une équipe qui savait de quoi elle parlait quand il s’agissait de lâcher un peu la bride aux procureurs …

Puisque tout le monde applaudissait, il devait bien y avoir des raisons de se réjouir. On voyait bien celle du monde politique, ravi d’éloigner le lourd soupçon d’une justice aux ordres. On devinait les vrais motifs de satisfaction de Chirac, qui préférait voir la gestion des affaires en cours échapper aux socialistes, et revenir à des hauts magistrats qu’il avait nommés l’année précédente. On comprenait aussi l’enthousiasme des magistrats du parquet, bientôt lâchés comme des électrons libres, et qui allaient pouvoir se comporter en roitelets sans suzerains.

Mais, au fait, le citoyen, le justiciable ordinaire, quelles raisons avait-il de se joindre au choeur des groupies ? Serait-il mieux jugé grâce à la présence d’un parquet indépendant ? Et s’il ne l’était pas, vers qui pourrait-il se tourner pour faire connaître son mécontentement ? Le ministre de la justice devenu irresponsable ne pouvait plus être interpellé par les députés. N’étant ni élu ni soumis à l’autorité du gouvernement, le procureur devenait un des personnages les plus puissants de l’Etat. Il n’avait de comptes à rendre qu’à ses pairs, ce qui n’était pas forcément rassurant quand on connaît la magistrature et son corporatisme…

« Le Canard enchaîné » n° 4019 du 05/11/1997 d’après ….

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