*2008 Le proc’ allergique aux « boeuf-carottes »

Des flics qui mentent, l’enquête de la police des polices qui le prouve, mais un procureur de la République enterre l’affaire …

Le 8 mai 2007, à Grigny (Essonne) des policiers (BAC et CRS) sont violemment attaqués par une trentaine de jeunes près d’une station service. Cocktails et pierres fusent, un pneu du fourgon de police crame. Une pompe à essence risque de brûler. Panique, un brigadier tire « trois fois », « pour protéger l’un de mes hommes qui chutait et était menacé par un cocktail molotov » selon ses déclarations.

Dans la nuit, Ali (appelons-le ainsi) est interpellé à l’hôpital où il est soigné pour une blessure par balle au coude. Les flics reconnaissent « formellement » celui qui a tenté d’allumer un collègue, disent-ils. Au début Ali nie. Les heures de garde à vue passent et il finit par avouer. « Le flic a eu raison de me tirer dessus, j’ai déconné … » répète-t-il devant le juge d’instruction. Mis en examen pour tentative de meurtre sur un policier, il est envoyé à Fleury en attendant les assises.

Pendant ce temps, l’Inspection générale de la police (les boeuf-carottes) mène son enquête sur les lieux des incidents. Et là surprise ! – Sur une paroi de plexiglas, les experts relèvent huit impacts de Magnum 357 : cinq de trop …
– puis les limiers de la balistique remarquent « une incompatibilité entre la direction des tirs, selon la version du fonctionnaire, et celle établie par nous ».
– enfin les vidéos des caméras de surveillance de la station ne montrent ni policier en train de chuter ni jeune le visant.

Embarrassantes ces conclusions … Au point qu’elles sont aussitôt classées « sans suite » par le procureur d’Evry Jean-François PASCAL le 18 juillet 2007, deux jours après leur réception. Selon lui, le brigadier tireur aurait agi « en état de légitime défense ». Peu importe, donc, qu’il ait reconnu, devant l’évidence, avoir tiré six fois et dissimulé trois douilles. Peu importe que cela fasse encore deux coups de feu en trop. Peu importe les incohérences et la détention provisoire. Le procureur avertit simplement le juge d’instruction de l’existence d’une enquête. Peu curieux, celui-ci ne la demande même pas.

A l’automne, changement de juge d’instruction. Et revirement d’Ali : « Mes aveux m’ont été dictés par les policiers ». Le nouveau juge visionne les vidéos qui mettent à mal la version policière. Epluchant le dossier, il remarque qu’il y manque l’enquête de la police des polices et la réclame au proc’.
Découvrant l’étendue des dégâts, le juge prononce la remise en liberté d’Ali en février. Le proc’ fait aussitôt appel. Mais le 22 févr. la chambre de l’instruction de Paris confirme la mise en liberté et l’accompagne d’un sévère commentaire sur l’attitude du procureur.

Interrogé par les journalistes du « Canard » le proc’ d’Evry donne des explications on ne peut plus vasouillardes, tentant de reporter sa faute sur le dos du premier juge d’instruction. Hallucinant! Avec un tel alibi le premier quidam venu se retrouverait en taule dans l’heure qui suit … Bref un bel exemple de conscience professionnelle et de courage …

« Le Canard enchaîné » du 05/03/2008 d’après un art de Dominique Simonnot.

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