2001 Tapis rouge pour Lagardère

On ne se pressait pas sur les bancs de la presse pendant les deux jours qu’a duré le procès de Jean-Luc Lagardère devant la cour d’appel de Paris. Ni la personnalité du prévenu ni l’attitude étrangement bienveillante de la justice n’avait attiré les foules. Si l’AFP a amplement fait son travail, en revanche les quotidiens n’ont guère brillé par leurs compte-rendus. Tous cela sans rapport évidemment avec le fait que Lagardère est le premier patron de presse français….

Mais venons en aux faits.

Lagardère était persécuté pour une vieille affaire d’abus de biens sociaux. Arjil Groupe, une société qu’il possédait personnellement avec son fils, a pendant des années ponctionné 0,2% du chiffre d’affaires de Matra -Hachette. Avec ce bel argent – 353 millions entre 1988 et 1992  – Arjil rémunérait les cadres dirigeants du groupe. Et finançait également – c’est là le problème – l’élevage de chevaux de course du patron, son hôtel particulier et ses collections d’art.

Pour cette acrobatie, Lagardère avait écopé, en 1999, d’un redressement fiscal d’une cinquantaine de millions. Aucune poursuite n’avait cependant été engagée contre lui. Pas question de torpiller un « copain » de Jospin alors Premier ministre …

C’est donc à un petit actionnaire de son groupe, Alain Géniteau, que Lagardère devait de se retrouver sur le banc d’infamie, accusé d’abus de biens sociaux. Géniteau avait estimé en effet que la redevance de 0,2% pompée sur Matra-Hachette ne se justifiait pas au vu des prestations fournies par Arjil.

Après une longue instruction de six ans, Lagadère avait été relaxé le 22 juin 2000 par le tribunal correctionnel au motif que les faits étaient prescrits ! Mais le parquet avait fait appel.

Passons sur le blabla de Lagardère pour sa défense : « Je contribue au redressement de mon pays(1). Le gouvernement a fait appel à moi (2). J’ai été décoré par les plus hautes instances américaines (3). » Comme si tout cela autorisait à se conduire en délinquant !

Bien qu’ obligé de constater que les factures émises par Arjil ne précisaient ni la qualité ni la quantité des prestations fournies, l’avocat général Denys MILLET recommande l’abandon de toute poursuite estimant que « l’infraction n’est pas constituée ».  Veuillez nous excuser, Monsieur Lagardère, du dérangement !

On s’est séparés bons amis,  (sauf l’infortunée et téméraire partie civile), non sans que Lagardère ait réaffirmé « sa confiance en la justice de son pays » et que ses deux avocats aient salué la « remarquable indépendance d’esprit de l’avocat général »... Un sacré trio de violonistes …

Traduction: (1) J’ai surtout engraissé mes comptes en banque. (2) Nos gouvernants incompétents se sont prostitués. (3) Les américains m’ont refilé quelques colifichets qui n’impressionnent que les gogos.

« Le Canard enchaîné »  n° 4235   du  26/12/01 d’après Hervé Martin

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s


%d blogueurs aiment cette page :