2001 Un gars collatéral (affaire Awadallah Salman)

Il ne fait pas bon être basané quand on débarque à Roissy avec une rature sur son passeport. Awadallah Salman, un infirmier jordanien, en a fait l’expérience le 11 oct 2001 sur un vol Air France Amman-Londres via Paris … Il devait rejoindre la clinique britannique où il travaille. Mais signalé par Air France à la police aux frontières, il fait l’objet d’un second contrôle d’identité. Son passeport présentait une rature sur le délai de prorogation de validité. Les fonctionnaires de la PAF décident de le fouiller et de le retenir. Il le prend mal et s’énerve. Malmené par la PAF il doit être conduit aux urgences de Roissy.

Le  médecin qui l’examine estime que « son état de santé n’est pas compatible avec une garde à vue » et nécessite « un transfert en milieu hospitalier. » Le fonctionnaires n’obtempèrent pas et il doit être examiné quelques heures plus tard par un second médecin qui note que le patient présente de « nombreux hématomes et ecchymoses » et précise qu’ « en cas de perte de connaissance un scanner peut être demandé en urgence »…

Awadallah est replacé en garde à vue. Quand un avocat vient le voir il n’y a pas d’interprète. Il ne peut donc exposer son cas …

Le lendemain, déféré en comparution immédiate au tribunal de Bobigny, le voyageur jordanien demande à être entendu séance tenante. Mais le tribunal renvoie l’affaire au 7 novembre  et expédie le voyageur en prison jusque-là. Sans qu’aucune autorité consulaire jordanienne soit consultée pour vérifier la validité du passeport … C’est la famille qui a dû elle-même alerter le consulat.

Le jour de l’audience, le consul de Jordanie se déplace donc pour confirmer la validité du passeport. Las ! Le détenu a été oublié à Fleury-Merogis. Il sera finalement extrait d’urgence de la prison, et conduit sous escorte jusqu’au tribunal. Mais comme il avait mal pris son interpellation, s’était débattu, avait dit « Fuck you » aux flics, il a eu droit à 15 jours ferme pour rébellion. De quoi couvrir le temps passé en détention!

Quinze jours pour une rature ou 15 jours pour une bavure ?

« Le Canard enchaîné »    n° 4229   du 14/11/2001   d’après  L.G.

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Une Réponse to “2001 Un gars collatéral (affaire Awadallah Salman)”

  1. denidejustice Says:

    Voilà une histoire « ordinaire » qui montre le foutoir de notre appareil judiciaire:
    1) absence d’interprète permettant à cet homme de s’expliquer.
    2) des policiers qui refuse d’obtempérer aux consignes du médecin.
    2) désinvolture du pdt du tribunal – qui renvoie l’affaire à 26 jours: vingt-six jours de taule! – qui ne se soucie pas de consulter le consul.
    3) oubli du détenu en taule le jour de l’audience
    4) hypocrisie du pdt du tribunal qui lui met quinze jours ferme pour rebellion pour couvrir sa propre médiocrité !

    Un sentiment d’impunité, police et justice confondues, qui permet de faire n’importe quoi n’importe comment !

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