1999 Sur ses deux oreilles (affaire Jérôme Priéto)

Octobre 1996. Sur un parking d’Hendaye plusieurs voitures de police sont incendiées au cocktail Molotov. Deux jours plus tard, un homme téléphone (durant trente secondes et en basque)  au journal nationaliste basque « Egin » pour revendiquer l’attentat. Ce journal est sur écoute policière, l’appel est enregistré, la cabine téléphonique identifiée.

Cinq mois plus tard, Jérôme Prieto, 30 ans, conducteur de train, délégué syndical CGT, militant du mouvement des jeunes basques Gasteriak, est arrêté et mis en examen : on l’accuse d’être l’homme qui a téléphoné. Il habite à une centaine de mètres de la cabine. Il n’a pas d’alibi. Il ne se souvient pas de ce qu’il a fait 143 jours auparavant:   un comble !

Et en plus un expert policier dépendant du laboratoire de la police technique et scientifique est formel : c’est sa voix.  Priéto réclame une contre expertise : un deuxième expert, gendarme celui-là, se montre tout aussi formel.

L’accusation ne repose tout entière que sur cette seule charge. Le 16 déc.1998, après neuf mois de préventive, le cheminot est condamné à 3 ans de prison ferme.

Seulement voilà, lui aussi a fait venir deux experts en acoustique et pas n’importe lesquels Frédéric Bimbot et Jean-Louis Boë, des autorités en la matière. Ce dernier, spécialiste des questions d’identification juridique de la voix au sein de la Société française d’acoustique est lui aussi formel : « En l’etat actuel des connaissances, identifier un individu par sa voix n’est tout simplement pas possible. » Et de relater une expérience britannique dans laquelle sont mis en compétition des phonéticiens équipés de leurs seules oreilles et des spécialistes bardés de leurs appareils: 48% de réussite pour les premiers conte 53% pour les spécialistes ! Ce n’est plus une expertise, c’est du pile ou face! « Aucun appel anonyme de peut être identifié avec certitude » tant sont multiples les façons de déguiser une voix.

Jérôme Prieto fait appel et les juges de la cour d’appel le relaxeront « l’enregistrement vocal ne peut être qu’un indice d’identification, pas une preuve ».

« Le Canard enchaîné »   n° 4087  du 24/02/99 d’après Jean-Luc Porquet

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