1998 Le violeur était presque parfait.(affaire Djamel Berkat)

Le 3 avril 94 une jeune femme se présente au commissariat central de Nice pour déposer plainte. Elle a été violée par un homme qui l’a suivie jusque chez elle et l’a menacée avec un couteau. Une enquête de routine commence. La victime donne une description précise de son agresseur et déclare qu’il porte un tatouage sur le bras droit.

Les policiers lui présentent une série de photos de personnes « connues des services de police ». Elle croit reconnaître son violeur sous les traits d’un certain Djamel Berkat, un Algérien déjà condamné pour infraction à la législation sur les étrangers (en d’autres termes: un sans-papiers). Dix mois plus tard , en févr.95 la police présente une série de photos du suspect. Cette fois la jeune femme est formelle: il s’agit bien de son violeur.

Mais ce dernier, contre lequel un mandat d’arrêt est délivré reste introuvable. Comme la loi le prévoit, il est donc jugé par contumace et condamné le 27 sept.96 à 15 ans de réclusion criminelle.

Un mois plus tard, le 24 oct. au hasard d’un contrôle de police Djamel est arrêté. Aussitôt il est présenté à un magistrat du parquet du TGI de Nice qui lui annonce sa condamnation. Stupéfaction du « criminel » qui fait immédiatement opposition à l’arrêt de la cour d’assises afin d’être rejugé.Dès le premier entretien Djamel proteste de son innocence et fournit un alibi particulièrement solide. Le jour du  viol, affirme-t-il, il était détenu à la prison des Baumettes, à Marseilles.

Rien de plus facile à vérifier. Sauf que personne ne s’en occupe. Berkat est envoyé en prison en attendant d’être traduit, en personne cette fois, devant la cour d’assises. Il reste huit mois en détention sans que le parquet daigne passer un simple coup de fil à la prison des Baumettes. Et personne ne s’inquiète davantage de l’absence de tatouage sur son bras droit. ..

Il faudra attendre qu’un avocat soit commis d’office pour que ces questions soient posées. Le jour du viol, Djamel était bien détenu aux Baumettes. Libéré le 24 mars 98, puis remis en prison pour séjour irrégulier en France, Berkat est finalement traduit devant la cour d’assises qui l’acquitte.

Tout est bien qui finit bien. A quelques détails près. Huit mois en détention pour rien et surtout un doute sur le sort qui eût attendu le triste héros de l’histoire si, en 1994, il avait quitté les Baumettes la veille du viol … Qui l’aurait écouté ? Qu’auraient pesé ses protestations face à un reconnaissance « formelle » et à un petit casier judiciaire ?

Et combien de condamnés reconnus « formellement » n’ont pas eu la chance  de posséder un alibi qui a laissé l’accusation elle-même sans voix ? Pas même pour un mot d’excuses !

« Le Canard enchaîné »    n° 4028   du 07/01/98      signé  L.-M.  H.

Deni de justice souhaite connaître le nom du proc’ fainéant qui n’a pas jugé utile de vérifier l’alibi de Djamel. Il mérite de passer à la postérité …

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