2002 Disparues de l’Yonne.

Depuis 1977, après des enquêtes plus que sommaires, la justice avait classé ces affaires « sans importance »  comme de simples « fugues ». La garde des Sceaux, Marylise Lebranchu ordonne la réouverture des dossiers en 2001 et plusieurs enquêtes sont alors déclenchées.

Reprise de l’affaire Emile Louis.

A la suite d’une dénonciation, ce retraité, déjà condamné pour agression sexuelle sur des enfants de la Dass confiés en garde à sa femme, est à nouveau soupçonné d’être à l’origine des sept disparitions de jeunes filles entre 1977 et 1979. Se croyant protégé par la prescription de dix ans il avoue. Puis se rétracte. Mais cela permet de découvrir qu’une enquête de la gendarmerie menée jusqu’en 1984 avait été ignorée, et toutes ces diparitions classées sans suite. Il faut dire que les victimes un peu simplettes ou handicapées mentales n’intéressaient pas grand monde. Leurs familles, modestes, n’avaient ni argent ni avocat pour batailler contre l’inertie de la machine judiciaire.

MAGISTRATS AMNESIQUES.

Après les aveux d’Emile Louis, la garde des Sceaux ordonne une première enquête. Le rapport de l’inspection des services judiciaires est rendu public. Il est accablant. Les inspecteurs pointent une série de « négligences », un « manque de rigueur », de la « passivité ». En clair, les procureurs successifs n’ont rien fait. Pis ils ont méprisé l’enquête des gendarmes qui étaient, dès 1984, tout près de la vérité.

Le CSM  est alors saisi par la ministre de la justice du cas de quatre magistrats qui ont été en poste à Auxerre et pourraient avoir à répondre de fautes professionnelles. Le nouveaux enquêteurs débordent un peu du cadre de l’affaire Emile Louis. Stupeur : d’autres dossiers ont été inexplicablement bloqués avant et après ce tragique épisode.

Par exemple, l’enquête sur la disparition, en 1987, d’une collégienne, Isabelle Laville, s’est soldée par un classement incompréhensible. Les gendarmes, persuadés que cette jeune fille sage, disparue entre le collège et son domicile n’avait pas fugué, proposaient d’ouvrir une infirmation judiciaire. Cinq semaines après la disparition, le dossier était classé sans suite.  Après avoir affirmé ne pas se souvenir de l’affaire, le procureur de l’époque, André RIDE, promu procureur général à Limoges, a déclaré qu’il n’avait pas traité le dossier. Son substitut, Frédéric CLOT, jure avoir signé un réquisitoire pour ouvrir une instruction. Ce réquisitoire n’est jamais parvenu au président du tribunal, dont le bureau est distant de quelques dizaines de mètres.

EVAPORATIONS  SUSPECTES.

Après la visite des envoyés du CSM, la nouvelle procureure d’Auxerre, Marie-Suzanne Le Quéau, a voulu comprendre ce qui s’était passé dans cette pétaudière dont elle dirige le parquet, d’où une troisième enquête. Et nouvelles surprises.

Dans un courrier adressé au procureur général Jean-Louis Nadal, son supérieur hiérarchique (courrier rendu publique par l’Est Républicain) la procureure révèle que « la plupart des dossiers d’information terminés par un non-lieu » ont disparu de son tribunal, « sans que cette situation puisse recevoir d’explication ». Mieux, ou pis, les enregistrements manuels des dossiers judiciaires ont, eux aussi, disparu.

Conclusion, la magistrate qualifie de « suspectes » les conditions dans lesquelles la justice a traité « les affaires relatives à la diparition des mineures ».

CHAIR FRAÎCHE A VOLONTE.

« Suspectes » ! Le mot est lâché. Cette fois l’accusation de complicité n’est pas loin. Suivent –  une quatrième enquête diligentée par le procureur général de Paris qui dépêche deux substituts généraux à Auxerre pour poursuivre les investigations, – une cinquième enquête diligentée par la garde des Sceaux qui renvoie l’Inspection des services judiciaires.

Les soupçons qui se dessinent font froid dans le dos. Quelques faits sont bien établis.

1) Dans l’Yonne, une puissante association, l’Apajh, gérait huit foyers pour jeunes handicapés. Ses dirigeants, Pierre et Nicole Charrier étaient de petits notables locaux, employant près de 300 personnes. Elle fut conseillère punicipale sur la liste de Jean-Pierre Soisson, jusqu’à ce que son mari soit condamné pour viol d’une pensionnaire.

2) C’est dans ces établissements qu’Emile Louis recrutait ses victimes.

3) C’est dans ces établissements encore qu’un pervers sadique a enlevé des jeunes filles qu’il séquestrait dans un pavillon d’Appoigny, non loin d’Auxerre. Dans son souis-sol, transformé en salle de tortures, des « clients » s’adonnaient à des sévices tarifés. Un cernet contenant une liste de ces clients a curieusement disparu avant d’avoir pu être exploité par la police.

Officiellement, la justice n’a jamais établi le moindre lien entre Emile Louis, les autres disparues et Claude Dunand, le tortionnaire d’Appoigny.

Un point commun, pourtant, saute aux yeux : l’accumulation des erreurs, des fautes, des escamotages inexpliqués. « Il y a eu à Auxerre des gens corrompus qui ont permis à l’information d’être étouffée. » affirme un magistrat…

« Le Canard enchaîné »   N° 4242   du 13/02/02  d’après Louis-Marie Horeau

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Une Réponse to “2002 Disparues de l’Yonne.”

  1. denidejustice Says:

    A ce jour et selon notre information, aucun des magistrats en poste à l’époque, n’a été sanctionné. Aucun responsable de cette boutique, ni le président du tribunal, ni le procureur, ni le greffier en chef.
    Personnel n’est responsable de ces dysfonctionnements, des disparitions de dossiers, dysfonctionnements qui « reniflent » la complaisance à l’égard des criminels …

    Le procureur de l’époque (de 86 à 92) André RIDE qui avait prétendu n’avoir pas traité le dossier d’Isabelle Laville l’a pourtant classé le 14/01/88 ! Ce procureur, après avoir été promu procureur général à Limoges (et ex membre du CSM) est aujourd’hui Chef de l’Inspection des services judiciaires. Il n’a jamais fait l’objet d’aucune poursuite judiciaire !

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