1997 Quand la justice s’éveillera.

En comparution immédiate, 17ème chambre, tribunal de Bobigny (Seine-St-Denis).

Malgré l’ambiance électrique, un des juges assesseurs roupille, paupières closes et bouche ouverte.

Dans le box, Momar Diop, citoyen sénégalais, explique qu’il s’est fait tabasser par l’officier de police Fattore lors d’une manifestation de sans-papiers au Stade de France à Saint-Denis. Mais les policiers ont une autre version : « L’accusé s’est blessé lui-même en se jetant contre la portière de notre voiture » (1). Pour un peu, on poursuivrait Diop pour dégradation de matériel …

Après une délibération d’une demi-heure, le président LEVY revient avec ses deux assesseurs pour annoncer le verdict : « Quatre mois de prison et dix ans d’interdiction du territoire. » Soudain le juge dormeur se réveille et tire le président par la manche. Conciliabules embarrassés … « Six mois de prison » rectifie le président. Les avocats de la défense bondissent : « La sentence prononcée en premier est la seule légale » et c’est ainsi que Diop décroche un rabais de deux mois de taule … Mais la peine reste lourde, et dans la salle les amis des sans-papiers sont furieux : « Tribunal raciste ! » hurlent-ils. « Saisissez-vous des ces personnes. Elles seront poursuivies pour insulte à magistrat ! » Bousculade … Une voix dans le public apostrophe l’assesseur hibernateur : « Vous avez dormi tout le temps et vous osez condamner un homme ! »

La salle évacuée, le tribunal retrouve son allure de croisière. Les affaires se succèdent … L’heure tourne et le juge ronfleur passe de la somnolence d’après-déjeuner au roupillon d’avant-dîner. Un spectateur s’énerve à voix basse : « Il devrait dormir la nuit. »

Fin d’audience, l’assesseur pique toujours du nez …

(1)  Tournées pendant cette manifestation des bandes vidéo montrent des manifestants pacifiques et des forces de l’ordre très énervées, en particulier contre les porteurs de caméra. Un photographe d’Associated Press a été blessé.

« Le Canard enchaîné »   n° 3996   du  28/05/97     d’après Frédéric Pagès.


Momar Diop, 49 ans, vit en France depuis vingt deux ans. Le 14 mai une centaine de sans-papiers occupe symboliquement et pacifiquement le stade de France, où beaucoup des leurs ont travaillé.  Il est de la manifestation. Après une demi-heure de face à face tranquille, les policiers chargent pour repousser le groupe. Momar Diop tente d’aller discuter, une altercation éclate. Quatre policiers qui prétendent avoir été bousculés par Diop le frappent violemment devant de nombreux témoins. Des photographes et cameramen  sont pris à partie, films arrachés et détruits, appareils confisqués, coups de matraque.

Au tribunal les policiers  assureront avoir été agressés par Diop malgré les incohérences soulevées par la défense. Les témoignages de sympathisants aux sans-papiers ne seront pas entendus.

Face à ce jugement, 300 personnalités appellent à manifester contre les violences policières et demandent la libération de Diop.

« Le Nouvel observateur » 29/05/97  n° 1699 d’après Isabelle Monin.

La police prise en flagrant déli de mensonge par des images vidéo.

Le visionnage d’une cassette risque d’entraîner une volte-face judiciaire. Accusé de violences à agent Momar Diop nie l’accusation et soutient au contraire avoir été victime de violences policières. Plusieurs témoins ont confirmé ses dires affirmant avoir vu Momar poussé vers une voiture de police, traîné à terre et roué de coups. L’un des policiers qui se posent en victime, Mario Fattore, affirme avoir reçu un coup de poing au visage, puis un coup de tête qui lui a blessé le nez et l’arcade sourcilière. Mensonge : un certificat médical confirmera une déviation de la cloison nasale tout en précisant que la blessure était ancienne.  Diop est néanmoins condamné.

Mais l’Inspection générale des services (la police des polices) a été saisie. Elle disposera des images tournées par un homme qui préfère garder l’anonymat mais qui a filmé l’interpellation de Momar Diop. Ce film confirme les déclartations des témoins.

Une plainte pour faux témoignage devait être posée.

« Libération.fr »  du 26/05/97 d’après Béatrice Bantman et Dominique Simonnot

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