2006 Clément tranche dans le vif

« Dès lors qu’on nous voue à une perpétuité réelle (…) nous préférons encore en finir une bonne fois pour toutes que de nous voir crever à petits feux ». A cette lettre désespérée dans laquelle dix condamnés à perpèt’ détenus à la centrale de Clairvaux réclament symboliquement la mort, le garde des Sceaux Pascal CLEMENT a réagi le 25 janvier sur France Info avec une rare noblesse d’âme: « Si on les prenait au mot, combien se présenteraient ? » Autrement dit, pas chiche ! Après l’homme qui riait dans les cimetières, le ministre qui ricane sur la guillotine …

Une plaisanterie d’autant plus saumâtre qu’il y a vingt-cinq ans le même Pascal CLEMENT, alors  jeune député UDF de la Loire, était l’un des plus farouches adversaires de l’abolition de la peine de mort. Le 17 sept.1981, bombardé porte parole de l’opposition, il ne faisait pas dans la dentelle à la tribune de l’Assemblée. « La réalité, c’est le meurtre, les victimes, le criminel qui, loin d’être touché par la grâce et de s’amender, récidive (…) La société a donc le droit de donner la mort pour se défendre. »

Aujourd’hui, faisant bon marché de la souffrance des longues peines, CLEMENT affirme sans ciller, toujours sur France Info, que la centrale de Clairvaux, un des établissements les plus sécuritaires de France est « tout à fait au standard des prisons les plus humanistes (sic) au niveau mondial ».

C’est certainement en raison de cet humanisme carcéral que la France a fait retarder la publication d’un rapport saignant sur ses prisons. Rédigé par Alvaro Gil-Roblès, commissaire aux droits de l’homme du Conseil de l’Europe, ce document est prêt depuis des semaines, mais le gouvernement Villepin a demandé un délai supplémentaire, le temps pour les services de CLEMENT de peaufiner leur réponse.

Se retrouver ainsi accusée n’a pas empêcher la France de cosigner dans l’intervalle, le 11 janvier 2006, les nouvelles « règles pénitentiaires européennes » édictées par le même Conseil de l’Europe (cellule individuelle, inspection indépendante, envoi des détenus malades mentaux dans des établissements spécialisés …) alors qu’elle n’en respecte pas la moitié du quart.

« Le Canard enchaîné »   n° 4449 du 01/02/06    signé   D.F.

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