2005 Procès des lycées.1) Opération édredon. 2) Engueulades magistrales.

1) OPERATION EDREDON.

Le juge Jean-Louis KANTOR qui dirige les débats au procès des lycées d’Ile-de-France, est un fameux boute-en-train. Le premier jour de l’audience, il appelle « Madame l’huissier » un solide gaillard. Le surlendemain, il affirme que la chambre des comptes d’Ile-de-France a relevé « 51 griefs ». Le chiffre est totalement fantaisiste : il correspond au nombre de pages du document… Le magistrat enchaîne lapsus et gags sans force son talent. Et pour cause: il semble parfaitement hermétique à l’affaire qu’il est censé juger. Devant les avocats médusés, KANTOR a, par exemple, demandé à un témoin quelle était la différence entre un « maître d’ouvrage » (en clair: le propriétaire du bâtiment) et « maître d’oeuvre » (l’architecte qui mène les travaux). Preuve qu’il n’y connaît pas grand-chose et qu’il ne s’est pas trop fatigué pour lire l’ordonnance de renvoi qui le dossier. KANTOR se fait mousser. Le président fait aussi preuve de talent pour que l’audience ne bascule pas dans un déballage général de linge sale. Il y aurait pourtant de quoi : l’affaire pèse 22 milliards de francs de marchés truqués et 400 millions de pots-de-vin distribués entre 1986 et 1996 aux partis de droite comme de gauche sous la houlette de l’équipe Chirac. Pour éviter les dérapages, le président a donc annoncé qu’il n’y aurait aucune confrontation entre les accusés et les témoins. L’ancien président du conseil régional, le RPR Michel Giraud s’est ainsi fait couper le sifflet avant d’avoir pu réagir aux propos tenus à la barre par son ex-directeur des finances. Dans la foulée, KANTOR s’est abstenu de poser la moindre question de fond aux témoins ou aux accusés. Et même de lire le résumé des faits poursuivis comme cela est l’usage en correctionnelle. C’est pourtant en connaissance de cause que le président du tribunal, Jean-Claude MAGENDIE (réputé proche de la droite) a décidé, l’été dernier, de confier la direction de la 1ère section de la 11ème chambre à Jean-Louis KANTOR. Cette section est spécialisée dans les affaires financières sensibles et le dossier des lycées était à son programme depuis mai 2004. Le parquet avait mis en garde MAGENDIE. Il a préféré passer outre. Le président du tribunal peut se vanter d’avoir fait coup double: après l’affaire des lycées, KANTOR devrait avoir à juger le dossier des HLM de Paris. Avec – on l’imagine – la même célérité et le même doigté dans le maniement de l’éteignoir…

« Le Canard enchaîné »   n° 4405   du 30/03/2005 art. signé H.L.

2) ENGUEULADES MAGISTRALES.

Le procès des lycées est aussi le théâtre d’un vigoureux crêpage d’hermines entre magistrats. La manière dont le président Jean-Louis KANTOR dirige les débats – avec une méconnaissance abyssale de l’affaire, un refus obstiné d’organiser des confrontations et de poser les questions qui fâchent – a mis le feu aux poudres. Les deux juges assesseurs se sont plaints auprès de leurs supérieurs hiérarchiques de n’avoir pas eu accès au dossier avant le début du procès : le président KANTOR les en avait empêchés, comme « Le Figaro » 134/04/05 l’a révélé. Illégale, cette mauvaise manière pourrait entraîner l’annulation deu procès si elle était reconnue des intéressés. Depuis la guerre fait des ravages au Palais de justice. Critiqué sur le choix de KANTOR pour conduire le procès des lycées, le président du TGI, Jean-Claude MAGENDIE, a répliqué, par voie de presse, en accusant – un peu vite – le parquet de ne guère briller au cours des audiences. Le procureur de Paris, Jean-Claude Marin, a failli s’en étrangler de colère et il a rencontré son collègue MAGENDIE le 13/04/05 pour une explication des plus « franches » comme disent les diplomates. Pendant ce temps les accusés comptent les points …

« Le Canard enchaîné »   n° 4408   du 20/04/05

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Une Réponse to “2005 Procès des lycées.1) Opération édredon. 2) Engueulades magistrales.”

  1. denidejustice Says:

    Voir aussi dans « Libération.fr » du 06/04/2005 :  » Débuts laborieux pour le président Kantor ».
    Questions approximatives, mauvais timing, hésitations … Le juge mène avec difficulté les audiences…

    Un magistrat parisien se désole :  » C’est affligeant, on le sait bien. »
    Un autre s’alarme :  » Il ne faudrait pas que ça tourne à la déstabilisation de l’institution judiciaire. »
    La présidence du tribunal de grande instance monte au front pour sauver le soldat Kantor …

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