*1999 Cinq ans d’instruction pour une bavure. Affaire Hilarion

Le 5 oct 99 devant l’Assemblée, en réponse à une question orale, la garde des Sceaux se veut rassurante. « La justice a procédé avec diligence » en évoquant l’affaire Hilarion qui enflamme depuis plusieurs semaines l’ Île de la Réunion. Mais elle se moque du monde, car en fait de diligence, ce dossier traîne depuis le 7 mars 94. Ce jour là au cours d’une manifestation dans la petite ville du Port, un jeune docker est grièvement blessé (perte d’un oeil, de l’odorat et du goût) par le tir  tendu d’un gendarme utilisant un fusil à pompe.

Saisi de cette bavure, le juge d’instruction patine, desservi, il est vrai, par les mensonges de la gendarmerie. Un deuxième magistrat, puis un troisième  le remplacent sans  que le responsable soit identifié. Ce n’est qu’en avril 1998, que le juge Danielle Braud (le troisième), alertée  par un courrier anonyme, met en examen l’adjudant-chef   Michelot.

Celui-ci finit par avouer être l’auteur du tir. En août dernier, son supérieur, le colonel Roger Guillaume, lâche à son tour le morceau: il sait tout depuis le premier jour mais s’est tu pour épargner la prison à son subordonné. Le colonel déclare aussi qu’il a informé, dès le début, le préfet de l’île, Hubert Fournier, le juge d’instruction HOAREAU et le procureur Bernard LEGRAS.

Un haut gradé de la gendarmerie avance cette « explication » : « Tout le monde était au courant de la bavure. Mais il y eut un consensus politique pour écraser le coup. La situation pouvait dégénérer en émeute. dans les jours précédant le 7 mars, six gendarmes avaient été blessés. »

Cinq ans pour tirer au clair une bavure, c’est un exploit!

« Le Canard enchaîné »  n°4120 du 13/10/99 article non signé.

Publicités

Étiquettes : , , , , , , ,

2 Réponses to “*1999 Cinq ans d’instruction pour une bavure. Affaire Hilarion”

  1. denidejustice Says:

    Dans cette affaire sont impliqués,
    1.- un gendarme assermenté (l’auteur de la bavure) qui n’a pas le courage de se dénoncer.
    2.- un colonel de gendarmerie qui doit en permanence tenir de grands discours à ses hommes sur l’Honneur (avec une grand « H »).
    3.- un préfet qui lui aussi doit se gargariser d' »Honneur et Patrie ».
    4.- un juge d’instruction.
    5.- un procureur de la République.

    Tout ce « beau » monde était au courant et s’est tu !
    Tout ce beau monde était condamnable en raison de l’art.434-4 du CP qui disait à l’époque:
    « Est puni de 3 ans d’emprisonnement et de 300000 F d’amende le fait, en vue de faire obstacle à la manifestation de la vérité:
    2° De détruire, soustraire, receler, altérer un document public ou privé ou un objet de nature à faciliter la découverte d’un crime ou d’un délit, la recherche des preuves ou la condamnation des coupables. »
    Lorsque les faits prévus au présent article sont commis par une personne qui, par ses fonctions, est appelée à concourir à la manifestation de la vérité, la peine est portée à cinq ans d’emprisonnement et 500000 F d’amende. »

    Mais chacun sait que dans notre belle démocratie la loi n’est valable que pour le vulgus pecum, certainement pas pour les magistrats.
    Et c’est ce dont nous ne voulons plus!

  2. Margueritat Claude Says:

    Le colonel Guillaume prétend avoir informé, dès qu’il a su la vérité, le préfet de la Réunion Hubert Fournier, le juge d’instruction HOAREAU (prédécesseur de Danielle Braud), le procureur général TRUCHI et le procureur de la République Bernard LEGRAS. Vrai ou faux ? Aucun de ces quatre fonctionnaires n’a été convoqué par la juge d’instruction.
    Le colonel Guillaume porte un jugement sévère sur le juge HOAREAU. Le 05/08/99 il déclare à la magistrate :  » M.HOAREAU, votre prédécesseur, savait (qui avait tiré), je lui en avais parlé. Quand il m’a convoqué pour m’interroger (…) il s’est contenté de questions insignifiantes (…) J’en ai conclu qu’il ne voulait pas savoir, j’ai eu un moment de révolte et je n’ai rien dit. »

    Un autre gendarme, le capitaine Gamet, accusé d’avoir donné l’ordre de tirer, et mis en examen, a quant à lui, mis en cause, le 13/09/99 le procureur LEGRAS : « Lors de la reconstitution, le procureur de la République m’a pris à part en me disant qu’il était convaincu que c’était un gradé qui était responsable de la blessure et qu’il ne souhaitait pas d’enquête de commandement (interne à la gendarmerie). »
    Le proc niera ces affirmations et déclarera n’avoir « pas été informé ». Mais là encore, six ans après les faits, aucune confrontation n’a permis d’y voir plus clair…

    Autre remarque.
    Alors que le gendarme a utilisé une munition illégale (Alsetex) mortelle à 50m et qu’il a visé le manifestant, il n’est mis en examen que pour avoir causé « une incapacité temporaire de travail supérieure à trois mois par manquement délibéré à une obligation de sécurité ou de prudence. »
    Une qualification dérisoire pour un acte de cette gravité.

    D’après « Le Canard enchaîné » N° 4134 du 19/01/00

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s


%d blogueurs aiment cette page :